Introduction
Ce troisième article poursuit la traversée des textes écrits au milieu des sculptures de grès noir. Les corps, les déesses, les bustes prennent voix et volume dans les mots des participant·es. Voici la suite des textes intégraux.
Intimement sauvage, sauvagement intime nº1

Cartel : Collection intime grès noir 36x19x15 – 800€
Forme ramassée, attentive, quasi féline, en surplomb, nue, entière, yeux en amande. Tous les membres ramassés non pas pour bondir, mais pour observer, touchant terre, crâne rasé, nudité extrême. Nez droit, bouche charnue sans être pulpeuse.
La parole au personnage :
Je vois, je suis car je vois, vois là, devant, devant moi je vois.
Sous mes mains ce cube, sous mes pieds ce cube.
Comment sais-je que c’est un cube, les arêtes ? Les autres aussi sont sur des cubes. Quels autres ? J’observe, je pourrais bouger mais j’observe immobile, hommes, femmes ? Moi, mes seins, mes hanches. Mes jambes l’une tendue prête à bondir et l’autre relâchée à sentir l’arête derrière moi. J’aime ce contact, cet angle, ce minimum d’espace rassemblé sous moi. De même mes mains touchent l’arrête devant moi, j’aime cela, sentir cette matière et cette forme. Mes bras aussi s’appuient, se prolongent en épaules. Aucune chevelure ne coule sur elles, visage et crâne glabres, nus comme moi.
Jean-Charles « MOTS dits MOTS »
Ishtar

Déesse de l’amour et de la guerre, de ta pose altière émane le féminin précieux et le masculin guerrier.
La jambe gauche pliée, posée au sol sur un miroir brillant s’allie à ton buste fin au seins pointés, fiers. Ton bras s’appuie sur le socle recevant la courbe de ton corps, un féminin affirmé se reflète.
Ton pied droit dont la pointe s’appuie sur le miroir porte ta jambe pliée verticale, sur ton genou se pose le coude et ton poignet soutient ton menton, élève ta tête au loin, tu lances un regard distant.
De fins bijoux d’or viennent habiller le grès noir de ton corps de déesse. Entre amour et guerre tu oscilles. Femme SouveReine. Avec minutie l’artiste a sculpté La courbe de tes reins, a tressé tes longs cheveux et t’a Parée de deux cornes, attribut des dresses de sa galerie.
Marguerite « MOTS dits MOTS »
Ishtar

Ce n’est pas tous les jours facile d’être déesse de l’amour et de la guerre. Certes on dit qui aime bien châtie bien, pourtant j’aurais aimé être juste Amour.
La dualité s’imprime en moi sous les mains de l’artiste elle s’est ancrée tension et légèreté force et tranquillité, le miroir me double et m’inverse
Longtemps les hommes, Akkadiens, Babyloniens, Assyriens, m’ont vénérée sur les rives de l’Euphrate ou du Tigre. Mes yeux dirigés vers l’ailleurs s’impriment de ces paysages souvenirs. Dans les temples j’étais reine. Sur ce miroir je suis une parmi mes nombreux voisins voisines.
J’appartiens à la collection Déesse. J’ai la nostalgie des cultes anciens et m’attriste de voir que là où j’étais déesse d’amour, la guerre l’emporte et ravage les humains.
Amour et Guerre sont-ils liés ou alternent-ils?
Ange ou démon, des amants que je regarde situés près de moi illustrent bien cette dualité …
Alors oui je suis les deux.
Marguerite « MOTS dits MOTS »
L’illusion d’un corps

Dans la collection « Un corps, une histoire» de Michaël Ezanno, buste de femme en grès noir, tête inclinée vers la droite, coiffée d’un chignon, visage doux et léger sourire , bras charnus le long d’un corps rondelet aux seins lourds avec bourrelets ventraux.
Qui peut bien être cette femme ? Son regard me fascine !
Elle exhale la douceur ; son regard me dit d’écrire sa bienveillance, sa tendresse. Cette jolie personne, charnue, aux seins lourds exprime tant sa générosité que son humilité, sa discrétion, au milieu de la foule. Son buste en grès noir donne à voir ses formes rondes, presque massives, mais, ce qui en ressort est la légèreté et la profondeur de son âme.
La femme statuée me parle :
« Si je te regarde ainsi, c’est par amour, intérêt pour toi, pour l’autre, pour l’humanité. Même si mon corps est lourd, j’aime à m’effacer et passer au milieu de la foule en toute discrétion. Si tu as besoin de mon aide, demande, je suis à ton écoute. Il se peut que pour toi, comme pour moi, la vie soit difficile ; Ne renonçons pas devant l’obstacle, avançons doucement – La vie va, faisons-nous légers !
Dites à Michaël Ezanno que je le remercie d’avoir donné à voir, de moi, la légèreté et la douceur qui habitent mon âme. La précision, la finesse des traits de mon regard, de mon sourire timide, sont l’émanation de mon être. Incroyable force de l’artiste de savoir traduire l’illusion d’un corps ! »
Martine « MOTS dits MOTS »
Remerciements
Merci aux participant·es de l’atelier d’écriture « Mots dits Mots » pour la générosité de leurs mots, et à Jocelyne Merger pour la conduite de cet instant suspendu au cœur du grès noir.

