Intime Défi N°3 : Dans les coulisses de la création d’une sculpture en grès noir

Sculpture Michaël Ezanno, Sculpteur Français

Créer une sculpture est un processus long, sensible et profondément humain.
Dans cet article, je vous emmène dans mon atelier pour découvrir la naissance d’une œuvre : Intime Défi N°3. De la rencontre avec le modèle à la sortie du four, voici les étapes essentielles de la création d’une sculpture en grès noir chamotté.

La création commence toujours par une rencontre.
Pour Intime Défi N°3, mon modèle souhaitait exprimer sa résilience : une force intérieure mêlée à une fragilité assumée.

Recherche photographique : trouver la pose juste

Nous avons réalisé plusieurs prises, observé ensemble les attitudes, affiné les gestes, les respirations, les tensions du corps.
Cette étape est essentielle : elle pose les fondations émotionnelles de la sculpture.

Analyse des photos : s’imprégner du corps

Après la séance, je prends le temps d’étudier chaque image. Je m’imprègne des lignes, des volumes, de l’énergie qui devra se retrouver dans la terre.

J’utilise un grès noir chamotté, une terre brute et expressive, idéale pour transmettre la force et la sensibilité du corps humain.

Étape 1 — La structure

Je commence par une armature simple pour poser les proportions et l’équilibre général.

Étape 2 — Les volumes

Je construis les masses principales par ajouts successifs : torse, cuisses, tête.
Je prends régulièrement du recul pour vérifier l’harmonie de l’ensemble.

Étape 3 — Les détails

C’est l’étape la plus exigeante.
Les mains, le visage, les plis du corps… chaque millimètre compte. Une légère modification peut transformer l’émotion.

Comme dans toute création, il y a des moments où tout semble vaciller.
Pour cette sculpture, ce sont les mains qui m’ont arrêté : elles manquaient de vie.
Pendant deux jours, j’ai tourné autour de la pièce sans oser y toucher.
Puis j’ai décidé de recommencer. Trois tentatives plus tard, les mains ont trouvé leur tension juste : légèrement crispées, porteuses d’attente.
Le doute n’est pas un obstacle : c’est un passage nécessaire.

Pour éviter les fissures à la cuisson, la sculpture doit être creuse.
Je coupe la pièce, retire l’excédent et laisse environ un centimètre d’épaisseur.
Une opération délicate, mais indispensable.

Le polissage peut durer jusqu’à six heures.
J’efface ou conserve certaines traces d’outils selon l’émotion recherchée.
J’aime que la sculpture porte ses imperfections : elles racontent son histoire.
Avant d’apposer mon tampon signature, j’attends toujours deux jours pour m’assurer que la pièce me correspond pleinement.

Pour une sculpture de 35 cm, il faut au minimum trois semaines de séchage.
Je protège la pièce sous plastique, que j’ouvre progressivement pour éviter les fissures.
C’est une étape lente, frustrante, mais cruciale.

La cuisson se fait à 1280°C et dure environ 48 heures :

  • 12 h de montée lente
  • 30 h de descente progressive

Pendant ce temps, je ne peux rien faire.
Le feu prend le relais, avec tous les risques que cela implique : fissures, éclatements, déformations.

Ouvrir le four est toujours un moment chargé d’émotion.
Pour Intime Défi N°3, aucune fissure : le grès noir avait pris une teinte profonde, presque anthracite.

La rencontre avec le modèle

C’est souvent un moment fort : larmes, rires, souvenirs des poses, fierté de se voir autrement.
Se sentir belle pour soi, dans son histoire, dans son corps.

Après son shooting photo, Intime Défi N°3 a rejoint une collectionneuse.
Avant de partir, elle est restée quelques semaines dans mon atelier, m’accompagnant lors de mes cafés du matin.
Deux mois de travail, des dizaines d’heures de modelage, des doutes, des joies.
C’est ça, créer une sculpture.

Envie de découvrir la sculpture de l’intérieur ?

Je propose des visites d’atelier et des cours de modelage pour vivre ce processus au plus près de la matière.

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