Introduction
Ce deuxième article poursuit la traversée des textes écrits dans l’atelier de Michaël Ezanno. Les participant·es ont observé, ressenti, écouté les sculptures, et leurs mots prolongent la matière. Voici la suite des textes intégraux.
Un corps, une histoire (II)

Un à un défilent les rieurs, les rêveurs, les sceptiques, les sûrs d’eux- mêmes, les aimants, les surpris, un à un ils laissent une image d’eux- mêmes, sourire aux lèvres ou fossettes saillantes, un à un je les vois en moi-même comme je les perds quand ils quittent le champ de vision. Un à un ont imprimé la beauté et la dureté dans la rétine, un à un s’évaporent, je les cherche dans leurs corps forts ou flasques, chétifs ou puissants, et ne les trouve plus, tête penchée, tête retournée, cheveux courts ou cheveux longs, je n’y vois plus, une à une de belles parts en moi-même qui déjà ne sont plus.
Une à une défilent dans la foule comme des années, ce que je ne voyais plus, ce que je ne verrai plus, une à une des parts de moi- même sans heurt et sans regret, le temps d’une heure et de l’effet.
Jérôme « MOTS dits MOTS »
Inspiré par le poème « Cortège » de Guillaume Apollinaire, Alcools.
L’atelier de Michaël

Michael est passionné et passionnant et nous accueille dans son atelier lumineux.
En entrant, j’ai l’impression d’être scrutée par des gens. C’est un peu le monde à l’envers avec cet ensemble de corps-troncs qui sont tournés vers l’arrivée des visiteurs. Je suis venue pour découvrir une exposition, et je me retrouve observée !
C’est une foule avec des identités différentes, des postures à la fois figées et vivantes, attentives et hautaines, curieuses et expressives. Chacun à sa place, prenant son espace, avec sa personnalité, son message, son dialogue, son histoire, son futur, sa VIE.
Lydie « MOTS dits MOTS »
Bataille pour la Vie

Une sculpture entière, grise anthracite
Une femme accroupie sur un cube,
Un visage doux et déterminé,
Aux lignes courbes et harmonieuses.
Son crâne est rasé.
Son visage fin avec un nez droit et un regard fixe.
La tête entre les bras.
Son buste est en avant,
les mains arc-boutées au sol, bras tendus et appuyés entre ses jambes musclées.
Sous la poussée, ses omoplates remontent.
Ses muscles sont tendus vers son objectif.
Le genou droit et la cheville à terre, elle est en équilibre sur son autre jambe pliée.
Ses seins s’exhibent avec harmonie.
Elle semble s’appuyer sur une main au sol pour prendre son élan tandis que de l’autre main, elle se contient, s’agrippant au cube.
Cette femme m’interpelle.
Elle respire la volonté, la grâce et la détermination.
Elle se prépare à bouger et elle est retenue.
Pour moi, elle représente toutes ces femmes qui ont envie et sont empêchées.
Elle est prête à bondir, sauvage, à se libérer de ses chaînes, à se rebeller contre son bourreau, à faire valoir ses droits, à protéger ses enfants et les empêcher de vivre dans le mal. Elle reste digne, toujours.
Une femme courageuse, qui se bat pour la VIE.
Lydie « MOTS dits MOTS »
Humain « Giger’s »
Emprisonnée dans le magma de sa métamorphose, elle se débat pour récupérer le reste de son corps, ne sachant pas encore ce qu’il lui restera de son humanité et dans un dernier cri elle devra accepter que robot et alien auront bientôt supplantés ses restes de femme guerrière.

Que reste-t-il de mon humanité ?
« De ce dernier combat je ne sortirai pas vainqueur. Depuis trop longtemps je me débats pour conserver ce qu’il me reste d’humanité. Mais dans cette guerre où la machine a pris le dessus, nos chefs, pour nous rendre toujours plus opérationnels en restant à la pointe de la technologie, n’ont eu de cesse de nous transformer en bête de combat. À force nous avons perdu peu à peu notre libre arbitre et ce qui nous rendait humain. Ils ont omis et surtout sous-estimé la force de ces aliens qui, en nous enfermant dans leur cocon, dernière phase de notre transformation, allaient nous aliéner à leur cause. J’y ai déjà perdu la vue et un bras. Alors soit je me soumets soit je meurs. »
Dominique « MOTS dits MOTS »
Ouadjet

Ouadjet est l’œuvre sculpturale que j’ai choisie : c’est une déesse fière, indépendante et qui s’expose sans crainte.
Elle porte deux cornes enroulées qui lui confèrent sa fierté et sa force.
Elle se présente dans son plus simple appareil et dans une posture qui semble lui être naturelle et confortable.
Son visage laisse apparaître un sourire à l’intention des visiteurs.
Elle dégage calme, sérénité et zénitude.
Anne « MOTS dits MOTS »
Remerciements
Merci aux participant·es de l’atelier d’écriture « Mots dits Mots » pour la générosité de leurs mots, et à Jocelyne Merger pour la conduite de cet instant suspendu au cœur du grès noir.

